ATHLETISME

Comme on en est loin de l'exhortation COH copydu baron Pierre de Coubertin qui, en 1896, ressuscita les Jeux Olympiques de l'Antiquité grecque : « L'essentiel, c'est de participer ». Remarquez qu'il n'a pas exclu l'obligation de résultat, il n'a pas écarté la possibilité de la victoire. Or, la défaite chatouille le sentiment national. Le naturel d'un pays ressent comme une humiliation le fait, par la délégation qui le représente, de ne pas récolter une moisson de médailles. Et pour revenir au pays avec-soyons modestes, ne mettons pas la barre trop haut- quelques médailles, il y a toute une organisation en soubassement.

La cure d'amaigrissement

Depuis les J.O de Montréal en 1976, la participation haïtienne, d'une olympiade à l'autre, baisse en quantité. Avec appréhension, nous voyons arriver l'échéance d'une olympiade. On y a droit sur qualification et sur invitation. Il y a quatre ans, pour les J.O de Pékin, la délégation haïtienne comptait au moins dix athlètes dont les coureurs Dudley Dorival et Nadine Faustin, le boxeur Mike André Berto, le judoka Joël Brutus dans les plus de cent kilos et la judokate Ange-Mercie Jean-Baptiste (48 kilos), Sanon Tudor en Taekwondo. En athlétisme, le gros de l'effectif venait de la diaspora, d'ailleurs les coureurs étaient formés à l'extérieur, et leur préparation se déroulait dans des centres universitaires américains.

En 2012, la délégation a subi une sévère cure d'amaigrissement: seulement quatre coureurs en athlétisme et Linouse Desravines, pratiquante de judo (52 kilos). La mort dans l'âme, nous avons pris connaissance de la composition modique de la participation haïtienne.

Avec une délégation de douze membres dont cinq compétiteurs, comment espérer arriver au moins en demi-finales d'une course de fond ? Comment, à moins d'un miracle, espérer monter sur le podium ? Déjà, quand Linouse Desravines arriva en France pour un stage de préparation, elle était comme perdue. Elle lorgna du côté des autres athlètes pour s'apercevoir de leur encadrement technico-médical. Malgré tout, elle s'arma de courage, décidant de faire avec les moyens du bord. Mais avouez que ces conditions ne sont pas idéales pour s'attendre à un exploit haïtien (une performance) en judo (1), et plus largement, en athlétisme! Bref, on ne se fait pas d'illusion sur l'issue finale. Il n'y aura que l'exhortation du fondateur des Jeux olympiques modernes pour nous consoler de notre déception prévisible.

Même potion pour la Côte-d'Ivoire

On en était là, plongé dans une semi-torpeur, quand quelques jours avant la traditionnelle cérémonie d'ouverture de la 27e olympiade, à l'écoute de la fréquence internationale de Radio France, nous parvint la correspondance d'Emmanuel Koffy depuis Abidjan. En substance, il apprend à l'auditoire que même si la délégation ivoirienne a subi depuis (la 26e olympiade) une cure d'amaigrissement avec, en cette année 2012, seulement neuf athlètes (qui seront engagés dans les compétitions), il n'en reste pas moins que les espoirs de médaille ne se sont pas pour autant envolés. Avec l'encadrement technico-médical, la délégation est forte de trente-trois personnes; le budget- puisque toute participation coûte de l'argent- est financé par l'Etat ivoirien.

Mince consolation

Y a-t-il une solidarité dans la composition modeste de certaines délégations ? C'est à cette mince consolation que, de façon comparative, je m'accroche avant le dénouement prévisible. Étant entendu que seule une volonté politique, énergique et continue, permettra l'exécution et le déploiement d'un programme sportif ambitieux pour pouvoir remonter le courant et renoncer à la participation symbolique. En effet, il ne suffit plus de participer; monter sur le podium est une nécessité impérieuse en conformité avec le sentiment national. Après tout, la jeunesse haïtienne ne demande qu'à prouver ses dispositions naturelles et donner toute sa mesure ! Comme toutes les jeunesses du monde.

Jean-Claude Boyer

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